Le projet

Notre projet s’intéresse à l’histoire de la scène punk en France depuis 1976. Résolument interdisciplinaire, mobilisant la notion de scène comme cadre d’analyse, il cherche à revisiter la pertinence des périodisations et des ruptures qui définissent et organisent la scène punk en France, à dépasser le spectre d’un phénomène réduit à l’évidence culturelle anglo-américaine et à étudier comment s’élaborent et se négocient les frontières entre une culture hégémonique et une culture restreinte de la subversion.

Notre projet aimerait contribuer à faire accéder cet objet à une légitimité thématique, scientifique et épistémologique en montrant combien le punk représente un prisme décisif pour éclairer les modes de résistance et d’innovation qui structurent les développements de la société contemporaine.

Outre un volet de recherche fondamentale, notre projet développe un volet patrimonial d’envergure, en s’appuyant sur des partenaires institutionnels et associatifs.

Au sein de ce projet sont réunis à la fois des chercheurs issus de différentes disciplines (histoire, musicologie, anthropologie, histoire de l’art, sociologie, littérature, géographie) et des personnes dont les pratiques s’intéressent au punk.

Trois grands défis

Le premier défi de notre projet est de faire surgir l'archive et de relever le défi de la préservation, voire de la patrimonialisation, du punk en France, en s’appuyant sur un travail collaboratif entre chercheurs et acteurs de la scène.

Le deuxième défi entend franchir une nouvelle étape dans le lent processus de légitimation des formes populaires de la culture en rendant l’objet visible et légitime.

Le troisième défi consiste à replacer la musique au centre du mouvement punk et à éclairer les trajectoires socio-économiques propres à chaque scène locale.

Tisser des liens, trouver des sources, des traces, et préserver une mémoire.

Collecter des souvenirs, des documents, des images.

Sauvegarder une mémoire fragile en passe de s’éteindre.

Travailler à la reconnaissance du punk comme élément fondamental de la culture.

Montrer comment cette musique et les manières de la créer et de la vivre nous informent sur les fonctionnements et modes de résistance de la société contemporaine.

Montrer de quelle manière la musique constitue le cœur de l’énergie punk.

S'intéresser à une pluralité d'acteurs (musiciens, publics, gens labels et de radios ou de magasins de disques, créateurs de fanzines, de vêtements, de visuels, etc.).

Mettre la focale non seulement sur les grandes villes et les zones urbaines, mais également sur les bourgades et les zones rurales, les groupes, les réseaux, les communautés.

Trois hypothèses

La première hypothèse concerne le temps. Quarante ans après ses premières fulgurances au son du « No future » la scène punk en France est bien vivante. Il s’agit donc de travailler à rendre intelligibles, compréhensibles, lisibles les forces et les temps de cette histoire marquée par une constante réinvention.

La deuxième hypothèse concerne l'espace. Notre projet entend analyser les spécificités du punk dans un pays précis, la France, et dépasser le cliché d’un phénomène réduit à l’évidence culturelle anglo-américaine.

La troisième hypothèse concerne la cohérence du mouvement et s'intéresse plus précisément à la manière dont s’élaborent et se négocient les frontières entre culture hégémonique (mainstream) et culture restreinte de la subversion (underground).

Revisiter la pertinence des périodisations et des ruptures qui participent à définir et à organiser la scène punk en France

Montrer ce qui distingue le punk en France des modèles anglo-américains. Quels influences et rapprochements ? Quelles différences et quelles originalités ? Comment le punk en France regarde-t-il au-delà des frontières et comment est-il potentiellement force créatrice dans le monde.

Étudier comment s’élaborent et se négocient les frontières entre culture hégémonique et culture restreinte de la subversion

Travailler sur les questions essentielles de la réussite et du partage : comment le punk reste-t-il underground ? comment négocie-t-il son rapport au succès et à une plus large audience tout en restant aux marges ?

Huit chantiers

Notre projet est structuré en huit grands chantiers de recherche interdisciplinaires et interdépendants. Leur confrontation doit permettre de répondre à la question centrale: qu'est-ce que le punk?

Historicité et généalogie

Le punk questionne par sa capacité à se réinventer au fil du temps, loin de l’idéologie première (No future). Il s’agit donc de s’attacher à l’étude des vagues successives qui ont participé à renouveler le punk en France durant quarante ans.

Les géographies du punk en France

Étudier les ancrages et les dynamiques géographiques du punk en France : punks des ville et punks des champs, circulation des acteurs et des projets, des publics, des musiques, création de réseaux…

Questions de genre

Étudier les places et les rôles qu’occupent les femmes et les hommes dans l’émergence et la diffusion de la scène punk en France

Le corps punk

Etudier les spécificités du corps punk : danses, manière de se tenir sur scène, de jouer, de se vêtir, de se marquer, de se tatouer…

La violence de la scène punk

Étudier les formes d’expression de la violence dans le punk, que celle-ci soit symbolique ou réelle, revendiquée ou fantasmée.

Médiation et médiatisations

Le punk est une musique qui se joue et s’écoute mais également une musique qui se lit, qui est mise en images, qui est présentée et représentée. Il s’agit donc d’étudier les dispositifs (notamment médiatiques, économiques, politiques) qui participent à véhiculer l’image du punk en France et qui contribuent à le catégoriser.

Homologies musicales, esthétiques et aristiques

Étudier les formes d’alliage artistiques et les formes de codifications du punk en France : au-delà de l’anarchie visuelle et de la cacophonie apparente, le punk renvoie à des sonorités, à des couleurs, à des looks spécifiques et datés qui font sens dans le temps et qui marquent différents moments de son existence.

Vieillissement et mémoire

Comment vieillit-on dans un mouvement musical qui n’était pas supposé durer ? Quelle(s) mémoire(s) du punk en France ? Quels rapports générationnels entre « anciens » punks et « jeunes pousses » ?